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10-03-2010 - meditation |
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Commentaire du jour :
Saint Hilaire (vers 315-367), évêque de Poitiers et docteur de l'Église Commentaire sur saint Matthieu, IV 14-15 ; PL 9, 936-937
Le Christ est l'accomplissement des Écritures.
« Je ne suis pas venu abolir, mais accomplir ». La force et la puissance de ces paroles du Fils de Dieu enferment un profond mystère.
La Loi, en effet, prescrivait des oeuvres, mais toutes ces oeuvres, elle les orientait vers la foi aux réalités qui seraient manifestées dans le Christ, car l'enseignement et la passion du Sauveur sont le grand et mystérieux dessein de la volonté du Père. La Loi, sous le voile des paroles inspirées, a annoncé la nativité de notre Seigneur Jésus Christ, son incarnation, sa passion, sa résurrection ; les prophètes aussi bien que les apôtres nous enseignent à maintes reprises que depuis les siècles éternels, tout le mystère du Christ a été disposé pour être révélé en notre temps...
Le Christ n'a pas voulu que nous pensions que ses propres oeuvres contenaient autre chose que les prescriptions de la Loi. Aussi a-t-il affirmé lui-même : « Je ne suis pas venu abolir, mais accomplir »,... car dans le Christ toute la Loi et toute la prophétie trouvent leur achèvement. Au moment de sa passion,... il déclara « Tout est accompli » (Jn 19 30). A ce moment-là, toutes les paroles des prophètes reçurent leur confirmation.
Aussi le Christ affirme-t-il que même le plus petit des commandements de Dieu ne peut être aboli sans offense pour Dieu. Ceux qui rejettent ces petits commandements, il nous en avertit, seront les plus petits ; ils seront les derniers et pour ainsi dire sans valeur. Il n'y a pas plus petits commandements que les plus humbles. Et le plus humble de tous fut la passion du Seigneur et sa mort sur la croix.
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10-03-2010 - Traité de la vraie dévotion à la Sainte Vierge |
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B. NECESSITE DE LA DEVOTION A MARIE PARTICULIEREMENT DANS LES DERNIERS TEMPS 49. C'est par Marie que le salut du monde a commencé, et c'est par Marie qu'il doit être consommé. Marie n'a presque point paru dans le premier avènement de Jésus-Christ, afin que les hommes, encore peu instruits et éclairés sur la personne de son Fils, ne s'éloignassent de la vérité, en s'attachant trop fortement et trop grossièrement à elle, à cause des charmes admirables que le Très-Haut avait mis même en son extérieur ; ce qui est si vrai que saint Denis l'Aréopagite nous a laissé par écrit que, quand il la vit, il l'aurait prise pour une divinité, à cause de ses charmes secrets et de sa beauté incomparable, si la foi, dans laquelle il était bien confirmé, ne lui avait appris le contrarie. Mais, dans le second avènement de Jésus-Christ, Marie doit être connue et révélée par le Saint-Esprit afin de faire par elle connaître, aimer et servir Jésus-Christ, les raisons qui ont porté le Saint-Esprit à cacher son Epouse pendant sa vie, et à ne la révéler que bien peu depuis la prédication de l'Evangile, ne subsistant plus.
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08-03-2010 - Traité de la vraie dévotion à la Sainte Vierge |
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47. J'ai dit que cela arriverait particulièrement à la fin du monde, et bientôt, parce que le Très-Haut avec sa sainte Mère doivent se former de grands saints qui surpasseront autant en sainteté la plupart des autres saints, que les cèdres du Liban surpassent les petits arbrisseaux, comme il a été révélé à une sainte âme dont la vie a été écrite par Mr. de Renty. 48. Ces grandes âmes, pleines de grâce et de zèle, seront choisies pour s'opposer aux ennemis de Dieu, qui frémiront de tous côtés, et elles seront singulièrement dévotes à la Très Sainte Vierge, éclairées par sa lumière, nourries de son lait, conduites par son esprit, soutenues par son bras et gardées sous sa protection, en sorte qu'elles combattront d'une main et édifieront de l'autre. D'une main, elles combattront, renverseront, écraseront les hérétiques avec leurs hérésies, les schismatiques avec leur schismes, les idolâtres avec leur idolâtrie, et les pécheurs avec leurs impiétés ; et, de l'autre main, elles édifieront le temple du vrai Salomon et la mystique cité de Dieu, c'est-à-dire la Très Sainte Vierge, appelée par les Saints Pères le temple de Salomon et la cité de Dieu. Ils porteront tout le monde, par leurs paroles et leurs exemples, à sa véritable dévotion, ce qui leur attirera beaucoup d'ennemis, mais aussi beaucoup de victoires et de gloire pour Dieu seul. C'est ce que Dieu a révélé à saint Vincent Ferrier, grand apôtre de son siècle, comme il l'a suffisamment marqué dans un de ses ouvrages. C'est ce que le Saint-Esprit semble avoir prédit dans le Psaume 58, dont voici les paroles : Et scient quia Dominus dominabitur Jacob et finium terrae ; convertentur ad vesperam, et famem patientur ut canes, et circuibunt civitatem : Le Seigneur règnera dans Jacob et dans toute la terre ; ils se convertiront sur le soir, et ils souffriront la faim comme des chiens, et ils iront autour de la ville pour trouver de quoi manger. Cette ville que les hommes tournoieront à la fin du monde pour se convertir, et pour rassasier la faim qu'ils auront de la justice, est la Très Sainte Vierge qui est appelée par le Saint-Esprit ville et cité de Dieu.
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08-03-2010 - meditation |
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Commentaire du jour :
Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église Sermon 11, 2-3 (trad. Brésard, année B, p. 260)
La veuve de Sarepta
La veuve sans ressources est sorti ramasser deux morceaux de bois pour se faire cuire du pain, et c'est alors qu'Élie l'a rencontrée. Cette femme était le symbole de l'Église ; parce qu'une croix est formée de deux morceaux de bois, celle qui allait mourir cherchait de quoi vivre éternellement. Il y a donc là un mystère caché... Élie lui dit : « Va, nourris-moi d'abord de ta pauvreté, et tes richesses ne s'épuiseront pas. » Quelle heureuse pauvreté ! Si la veuve a reçu ici-bas un tel salaire, quelle récompense n'est-elle pas en droit d'espérer dans l'autre vie !
J'insiste sur cette pensée : ne comptons pas recueillir le fruit de nos semailles dans ce temps où nous semons. Ici-bas, nous semons dans la peine ce qui sera la moisson des bonnes oeuvres, mais c'est plus tard que nous en récolterons le fruit dans la joie, selon ce qui est écrit : « On s'en va, on s'en va en pleurant, jetant la semence. On s'en vient, on s'en vient en chantant, rapportant les gerbes » (Ps 125,6). Le geste d'Élie envers cette femme était en effet un symbole et pas sa récompense. Car si cette veuve avait été récompensée ici-bas pour avoir nourri l'homme de Dieu, voici de bien pauvres semailles, voici une bien maigre moisson ! Elle n'a reçu qu'un bien temporel: de la farine qui ne s'est pas épuisée, de l'huile qui n'a pas diminué jusqu'au jour où le Seigneur a arrosé la terre de sa pluie. Ce signe qui lui a été concédé par Dieu pour peu de jours, était donc le symbole de la vie future où notre récompense ne saurait diminuer. Notre farine, ce sera Dieu ! Comme la farine de cette femme ne s'est pas épuisée durant ces jours, Dieu ne nous manquera pas durant toute l'éternité... Sème en confiance et ta moisson viendra sûrement ; elle viendra plus tard, mais quand elle viendra, tu moissonneras sans fin.
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06-03-2010 - Traité de la vraie dévotion à la Sainte Vierge |
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44. C'est Marie seule qui a trouvé grâce devant Dieu, sans aide d'aucune autre pure créature. Ce n'est que par elle que tous ceux qui ont trouvé grâce devant Dieu depuis elle l'ont trouvée, et ce n'est que par elle que tous ceux qui viendront ci-après la trouveront. Elle était pleine de grâce quand elle fut saluée par l'archange Gabriel, elle fut surabondamment remplie de grâce par le Saint-Esprit quand il la couvrit de son ombre ineffable ; et elle a [tellement] augmenté de jour en jour [et] de moment en moment cette plénitude double, qu'elle est arrivée à un point de grâce immense et inconcevable ; en sorte que le Très-Haut l'a faite l'unique trésorière de ses trésors et l'unique dispensatrice de ses grâces, pour anoblir, élever et enrichir qui elle veut, pour faire passer, malgré tout, qui elle veut par la porte étroite de la vie, et pour donner le trône, le sceptre et la couronne de roi à qui elle veut. Jésus est partout et toujours le fruit et le Fils de Marie ; et Marie est partout l'arbre véritable qui porte le fruit de vie, et la vraie mère qui le produit. 45. C'est Marie seule à qui Dieu a donné les clefs des celliers du divin amour, et le pouvoir d'entrer dans les voies les plus sublimes et les plus secrètes de la perfection, et d'y faire entrer les autres. C'est Marie seule qui donne l'entrée dans le paradis terrestre aux misérables enfants d'Eve l'infidèle, pour s'y promener agréablement avec Dieu, pour s'y cacher sûrement contre ses ennemis et pour s'y nourrir délicieusement, et sans plus craindre la mort, du fruit des arbres de vie et de science du bien et du mal et pour y boire à longs traits les eaux célestes de cette belle fontaine qui y rejaillit avec abondance ; ou plutôt comme elle est elle-même ce paradis terrestre, ou cette terre vierge et bénie dont Adam et Eve les pécheurs ont été chassés, elle ne donne entrée chez elle qu'à ceux et celles qu'il lui plait pour les faire devenir saints. 46. Tous les riches du peuple, pour me servir de l'expression du Saint-Esprit, selon l'explication de saint Bernard, tous les riches du peuple supplieront votre visage de siècle en siècle, et particulièrement à la fin du monde, c'est-à-dire que les plus grands saints, les âmes les plus riches en grâce et en vertus, seront les plus assidus à prier la Très Sainte Vierge et à l'avoir toujours présente comme leur parfait modèle pour l'imiter, et leur aide puissante pour les secourir.
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06-03-2010 - lettre de Passion |
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Lettre Pastorale pour le carême 2010. Au clergé et aux fidèles de notre communauté, salut, paix et bénédiction en Notre Seigneur Jésus-Christ. Mes très chers Frères, Parmi les nombreux des sujets qui se pressent dans mon esprit à l’approche de la Sainte Passion de Notre Seigneur, il en est un qui revient sans cesse dans mes méditations. Après avoir réfléchi et prié au pied du Saint Sacrement, je pense qu’il est utile d’attirer votre attention sur les déformations dont souffre la conscience chrétienne tout en essayant de vous indiquer quelques remèdes afin de les rectifier Il se peut que cette lettre soit pour quelques-uns une cause de grande tristesse ; mais, comme le dit Saint Paul, nous pouvons dire à la face de l’Eglise : « Nous ne vous écrivons pas dans le dessein de vous attrister, mais pour vous faire connaître l’amour que nous avons pour vous » (II Cor, II, 4) et pour accomplir notre ministère. En effet, comme l’Apôtre, « nous vous portons tous dans notre cœur à la mort et à la vie (II Cor VII, 3) ; et, par la volonté de Dieu, nous avons été établi pasteur et l’Evêque de vos âmes. (I Pierre II, 25) C’est pourquoi, revêtu de ce ministère, selon le miséricorde qui nous a été faite (Paul II Cor, IV,1) nous rejetons loin de nous toute crainte et nous vous manifestons franchement la vérité, afin que vous ne soyez plus exposés à appeler, le bien mal et le mal bien ; mais que vous fassiez des progrès dans la connaissance de Dieu, que vous produisiez du fruit en toutes sortes de bonnes œuvres et que vous deveniez capables d’avoir part à l’héritage des saints dans la lumière. 5Col ; I, 10-12) Notre-Seigneur nous a instruits lui-même du rôle de la conscience dans la vie de l’homme. A deux reprises, il est revenu sur ce grave sujet : dans son sermon sur la montagne et pendant sa prédication en Pérée. Saint Matthieu et saint Luc nous rapportent ainsi les paroles du Maître : La lampe de ton corps, c’est ton œil. Si ton œil est sain, tout ton corps sera dans la lumière, · mais, si ton œil est mauvais, tout ton corps sera dans les ténèbres. Prends donc garde que la lumière qui est en toi ne soit ténèbres, car, si la lumière qui est en toi est ténèbres, combien grandes seront les ténèbres (S. Matt., VI, 26). La conscience est donc la lumière de l’homme, le flambeau qui éclaire l’ensemble de ses actes, la borne qui lui montre les chemins à prendre : Celui de la vie, étroit, resserré, que bien peu trouvent ( Matt. VII, 14), mais qui est plein de la lumière de la croix et où Jésus tire et entraîne (Jean XII,36), tous ceux qui veulent être à lui, et celui de la perdition, large, spacieux, par où passent nombreux ceux qui marchent dans les ténèbres sans savoir où ils vont ( Jean XII,35). Quand la conscience règne dans l’homme, elle y met l’ordre et la paix. Les passions peuvent s’agiter ; elle les maitrise, les domine, les discipline et les fait servir au bien. Elle atteint le mal dans sa racine. Elle le réprime dans sa cause, elle supprime le péché, en réglant jusque dans sa pensée les désirs qui ne font que naître. La conscience pousse l’homme vers les sommets, elle le grandit, elle l’élève jusqu’à Dieu, principe et fin de toutes choses. C’est elle qui donne la valeur réelle et définitive de chacun d’entre nous. L’Imitation de Jésus-Christ nous le rappelle, quand elle nous avertit que « mieux vaut être un humble paysan qui sert Dieu qu’un superbe qui, se négligeant lui-même, considère le cours des astres. » (Im II,1). Cette importance de la conscience dans la vie de l’homme, saint Paul l’a démontrée et par ses paroles et par ses actes. Chaque fois qu’il est forcé de se défendre, il invoque en sa faveur le témoignage de sa conscience : « Je me suis conduit devant Dieu jusqu’à aujourd’hui- dit-il à ses accusateurs, dans toute droiture d’une bonne conscience (act XXIII,1) ; Je m’efforce, moi aussi d’avoir une conscience sans reproche devant Dieu et devant les hommes (Act XXIV, 16) Je dis la vérité dans le Christ, je ne mens pas, ma conscience m’en rend témoignage (Rom IX,1).Sa force, c’est sa conscience : « JE N’AI AUCUNE CRAINTE, poursuit-il, parce que j’ai bonne conscience ( Heb XIII, 18). Enfin son triomphe, sa grandeur, sa gloire, c’est sa conscience: Ce qui fait ma gloire c’est le témoignage de ma conscience (II Cor I,12) Hélas ! chez nous, la conscience ne tient plus, comme jadis, cette première place. On ne veut pas la détruire, oh !non ; on se contente de lui imposer silence ou de la forcer à trouver des solutions plus agréables, plus aisées, moins contraignantes, et surtout à mettre sa propre faute sur « l’autre », : conscience bien élastique ! La conscience n’est pas abolie ; elle est anémiée, atrophiée, déformée. Elle ne juge selon la plus la vérité, d’après la vérité, elle juge selon les hommes et leurs opinions, Adieu la vérité et les principes de vérité ! Aujourd’hui seules comptent les sensations du plaisir, les exigences de l’intérêt, et l’obtention d’une bonne une place ; voilà ce qui dicte les décisions de ce qui s’appelle encore conscience. Plusieurs font leur conscience à leur guise, comme les Protestants : « libre examen » pratique pour avoir bonne conscience! Il n’est pas nécessaire d’aller plus loin, pour découvrir la cause de cette « nouvelle conscience » qui cause tant et tant de misères. Elle est toujours la même : « l’homme ennemi de lui-même ne désarme pas. Aujourd’hui comme au temps de saint Pierre, notre adversaire le Diable, comme un lion rugissant rôde autour de nous, cherchant quelqu’un à dévorer ( I Pierre V,8)Non il ne reste pas oisif, cet ennemi de tout bien, lui que l’on cherche à faire disparaitre ; il observe le champ du bon père de famille et il y pénètre dès que les serviteurs s’endorment et y sème son mauvais grain. Et l’ivraie lève et on la laisse pousser, il y en a bien peu qui songent à l’arracher, parce qu’on : « aime le monde et tout ce qui est du monde : la concupiscence de la chair, la convoitise des yeux et l’orgueil de la vie (I Jean II,15et 16). On ne saurait, en effet, imaginer de peste plus désastreuse que la folie de l’Orgueil, la soif des plaisirs et l’amour des richesses. Ce sont là, au témoignage du Saint Esprit, les trois convoitises qui perdent le monde, affaiblissent la volonté et ainsi déforment complètement la conscience. L’orgueil est la base de tout péché ; le non serviam de Lucifer se répète jusque dans la moindre faute. La Théologie, ainsi que le petit catéchisme ont bien des raisons de placer l’orgueil à la tête des sept péchés capitaux ; il en est le maître. De lui découle tout le mal de notre temps. « Dieu résiste aux superbes et ne donne sa grâce qu’aux humbles » (I St Pier V, 5) Voilà l’explication de tant de faiblesses, de chutes, de guerres: Dieu n’est pas avec les orgueilleux, il est contre eux; et sans Dieu et contre Dieu, que peut-on faire de bon? Par orgueil, on refuse de se soumettre à toute autorité: au Père de famille, à son Evêque, à l’Eglise, à Dieu même. On discute, on biaise, on s’aveugle, on se révolte. La vérité déplaît, parce qu’elle gène ; on préfère le succès à la vertu ; on oublie que la terre n’est qu’un marche-pied pour monter au ciel. Faut-il préciser quelques unes de ces déformations qui résultent de l’orgueil ? On se prend à l’aise avec la foi et ses prescriptions de celle-ci, on accepte ce qui ne contrecarre pas nos goûts; pour le reste, on déclare que le monde a changé, que cela est d’un autre temps, on discute l’enseignement de la foi, on restreint la foi à ce qui arrange notre « conscience ». N’est-ce pas ainsi que l’on traite la vie aujourd’hui ? On avorte, on tue par euthanasie pour être tranquille, on clone. L’homme par son orgueil voudrait égaler Dieu, comme si Dieu est égaler? Par orgueil encore, on refuse de se soumettre à la vérité. Le simple bon sens nous dit que la vérité nous rend libre et qu’elle est supérieure à la liberté et surtout qu’il est sage de suivre ses enseignements. Mais les esprits orgueilleux ne l’entendent pas comme ainsi, ils s’érigent en juges du dogme et de la morale, de la foi et de la charité ; ils les ramènent à leur propre mesure et tiennent la vérité captive ; ils sont prêts à tout pour que « leur » vérité soit reconnue comme juste, quitte à écrire des « lettres anonymes » lorsqu’ils sont pris dans l’erreur de « leur vérité », pour arriver à faire reconnaître leur vérité.; ils se proclament libres à l’égard du vrai, du juste, parce que le vrai les dépasse . Ces superbes réalisent à la lettre la description qu’en font les livres Saints : « ils méprisent l’autorité, ils abondent dans leur sens, ils sont audacieux, pleins d’eux-mêmes, leur bouche profère l’orgueil et le mensonge, ils blasphèment la vérité, ils encensent l’erreur, murmurateurs inquiets, marchant selon leurs propres désirs, ils ne supportent plus la saine doctrine et ils se donnent en foule et au gré de leurs passions qui changent régulièrement, ils admirent les hommes selon le profit qu’ils en espèrent, mais dés que ces hommes ont le dos tourné, la langue de l’orgueilleux travaille contre eux, ce sont des fontaines sans eau, des astres errants auxquels la profondeur des ténèbres est réservée pour l’éternité. » Par orgueil enfin, on refuse de se soumettre à Dieu. On oublie le surnaturel ; on ne veut pas comprendre que Dieu a droit à sa part en tout ; on ne veut pas admettre que le dogme et la politique sociale de l’Eglise sont toujours vrais et doivent être opérants dans la vie publique comme dans la vie privée. Pas d’autre cause à chercher pour expliquer la laïcisation de notre société, ce modernisme social qui met Dieu hors de la vie publique et de la société civile. : « combien sont-ils, écrit Pie XI dans l’encyclique Ubi arcano Dei, ceux qui professent les enseignements de l’Eglise catholique dans les choses qui se rapportent soit au respect et à l’obéissance dus à l’autorité civile, soit au droit de propriété, soit aux droits et devoirs des cultivateurs, des ouvriers…. Soit aux droits du Christ Créateur et Rédempteur des hommes». Pourtant Dieu est le maître souverain des peuples et des individus. A lui seul doit revenir la première place. Et les chefs d’état, les Evêques et même le Pape en particulier, ne devraient pas ignorer que leur autorité n’est qu’une participation de celle de Dieu : ce n’est ni le peuple, ni la volonté d’un groupe, ni la constitution qui leur donnent l’autorité ; mais Dieu seul, de qui toute autorité procède et qui dispose de toute autorité (Rom XIII, 1). Quand un homme n’est que mandataire, représentant, il est logique qu’il n’oublie pas celui qui l’envoie, Hélas, comme des personnes qui deviennent des tyrans, dès qu’elles ont un tant soit peu d’autorité ne pensant qu’à leur suprématie, et à leur poche nient les droits des autres pour les soumettre à leur volonté et caprices, ils cherchent à plaire aux hommes, mais non à Dieu ! Si la folie de l’orgueil fausse et déforme la conscience, la soif des plaisirs ne lui est pas moins funeste, elle en est la continuité. L’orgueil est jouisseur et ne veut pas et ne sait pas se priver. Parce que le plaisir triomphe sur sa conscience, on ne respecte plus les saintes lois du mariage, on viole la fidélité conjugale, on abandonne complètement son autorité parentale. La famille se désagrège et la frénésie de s’amuser pousse parents et enfants à déserter le foyer familial pour courir où se trouve le plaisir. Trop faible pour soumettre leur intelligence et pour résister à l’appel du jeu et des loisirs, ils refusent d’entendre la vérité, ils fuient la lumière, ils ont peur de vivre simplement sous le regard de Dieu et ainsi de vivre saintement. Enfin, la folie de l’orgueil et la soif des plaisirs trouvent leur aboutissement normal dans l’amour des richesses. Cette dernière convoitise alimente et fortifie les deux premières tout en recevant d’elles un surcroit d’exigences. La concupiscence des yeux ou l’amour de l’argent sont probablement de toutes les passions les plus profondes, les plus nocives, la plus damnificatrice. L’Esprit-Saint nous le laisse entendre, quand il appelle : « idolâtre l’homme qui s’attache à l’argent » (Eph V,5) En effet, le cupide ne sert pas longtemps deux maîtres : « DIEU ET L’ARGENT, vite, il détrônera Dieu dans son cœur et mettra à sa place l’argent, il méprisera et haïra même Dieu pour servir le prince de ce monde, il s’attachera à la richesse, contredisant la doctrine même de Jésus-Christ il criera : « Bienheureux les riches ! Malheur aux pauvres « La première vertu sacrifiée à l’amour de l’argent, c’est la Justice. En face d’une cupidité toujours plus insatiable, la conscience enténébrée ce trouve dans l’impossibilité de discerner entre le mien et le tien. Ainsi s’expliquent les vols, rapines, fraudes, détournements, lettres anonymes pour détruire l’autre, les moyens de prendre et de ne pas rendre. L’honnêteté, se retire chaque jour davantage et la conscience détournée lui dit : « tu peux prendre le bien de ton frère ». On se met à l’abri de la loi civile qui est bien des fois inique on se couvre du mensonge et même du parjure et avec cela, on ose se dire et se croire honnête. En même temps que la justice, la charité est immolée aux exigences de l’amour de sa propre personne et de l’argent. Une fois que l’attachement aux biens de la terre s’est emparé du cœur d’un homme, il n’y a plus de place pour la charité, peut être y-a-il de l’humanisme, mais pas de charité. Car avec l’amour de la richesse, il n’y a plus de place pour l’amour des autres. Pourtant que nous dit Le Christ : « Que sert à l’homme de gagner l’univers entier, s’il vient à perdre son âme ? (Math XVI, 26). Cet oracle de la sagesse divine, l’orgueil , le cupide ne l’entend pas, ils amassent, l’argent, la gloire sur le dos de ses frères, mais ils oublient : « Insensés que vous êtes, cette nuit même, Dieu vous demandera votre âme » (Luc XII, 20) et ils iront dans le trou les mains vides et la conscience noire. Ils chercheront à se justifier, mais Notre Seigneur leur dira: « Je ne vous ai jamais connus. Retirez-vous de moi » (Math VII, 23) Voilà, en bref, les déformations de la conscience que l’on rencontre dans ce monde d’aujourd’hui. Prenons garde de ne pas tomber en enfer, on y descend déjà sans le vouloir, relisez la parabole de l’homme riche et du pauvre Lazare, Notre Seigneur nous avertit que celui qui est fidèle dans les petites choses sera fidèle dans les grandes, et celui qui est injuste dans les petites choses sera injuste aussi dans les grandes (Luc XVI, 10) Donc, ne nous rassurons pas en disant que nous saurons éviter ces excès: « Que celui qui croit se tenir debout prenne garde de tomber » (I Cor. X, 12). Celui qui croit être arrivé, bien vite s’apercevra qu’il n’est pas encore parti. Rappelons-nous les paroles de Jésus aux Pharisiens qui s’estimaient honnêtes et sans reproche: « Vous-vous faites passer pour justes devant les hommes, mais Dieu connaît vos cœurs; si les hommes vous jugent grands, Dieu vous a en abomination (Luc XVI, 14 et 15) Prenez garde à vous (Luc XVII, 2) Prenez garde à vous, lâches, qui pour détruire votre frère, n’avez pas honte d’écrire des lettres anonymes diffamantes et remplies de mensonges, faisant venir chez les autres des contrôleurs et assistantes sociales, êtes- vous fiers de vous ? Pouvez-vous vous regardez dans une glace ? Savez-vous qu’on arrive toujours à trouver d’où vient le mal, alors en vous voyant, l’on comprendra à votre visage ce que vous êtes, vous avez peur de vous-même, de vous voir telles que vous êtes, il est vrai que vous faites peur ! Comment remédier à cette grande misère? comment rectifier notre conscience ? comment nous remettre en question ? en avons-nous le courage ? Saint Luc va nous l’enseigner, aussitôt après le discours de Notre Seigneur contre l’attachement à ce monde et aux richesses, pendant que les Pharisiens hypocrites et qui aimaient l’argent se moquaient de Jésus, Saint Luc note que les Apôtres désireux de suivre le Christ, et conscients des difficultés demandaient à Jésus : « SEIGNEUR AUGMENTEZ EN NOUS LA FOI » (Luc XVII, 5) La foi, voilà le vrai et unique remède à toutes les faiblesses, la foi nous rend fort, elle produit l’humilité, nous pousse à la charité, à l’amour avec un grand A, c’est la clef de toutes les vertus, la clef du ciel. Saint Paul a tout résumé en ces deux mots: « Le juste vit de la foi » (Heb X, 38) « sans la foi, il est impossible et de voir Dieu et de lui plaire » (Heb XI, 6). Pour raviver notre foi, il faut revenir à l’Evangile: il est une force divine pour le salut de tout homme qui croit (Rom I 16). L’Etude de l’Evangile vaincra notre esprit d’orgueil. Au lieu de nous insurger contre les décrets de Dieu, nous accepterons sans réserve à l’exemple de l’Enfant de Bethléem : « venu en ce monde pour accomplir la volonté de son Père » (Jean VI 38) Nos esprits impatients retrouvant la discipline obéiront à toute autorité, parce que Jésus s’est soumis aux ordres du Père et aux prescriptions de César. L’Etude de l’Evangile vaincra notre soif des plaisirs en nous ramenant à la simplicité des mœurs et à une vie chrétienne à l’exemple de nos pères qui ont suivi le Christ: qui n’a jamais eu de complaisance pour lui-même (Rom XV, 3), mais qui a choisi la souffrance et la mort sur la croix pour nous (Heb XII, 2). Souvenons-nous d’un Jésus travaillant dès son enfance dans l’atelier de Joseph à Nazareth et se laissant appeler « le fils du charpentier » (Mar VI, 3 Math XIII 55) Il nous réapprendra que le travail est tout à la fois source de bien être, école de sainteté et garantie de paix. L’étude de l’Evangile, nous débarrassera de l’amour de l’argent et de nous-même. L’étude de l’Evangile nous donnera l’Esprit de Notre Seigneur Instruisons-nous de la doctrine et ne négligeons pas de remplir nos cœurs d’Amour pour les autres, n’ayons pas peur de nous approcher des sacrements : « Approchez-vous du Seigneur et vous serez illuminés ; goutez et voyez comme est bon le Seigneur (Ps XXXIII, 6-9) Approchez-vous du sacrement de pénitence, demandez pardon à Dieu de vos fautes et faites réparation, puis approchez-vous de Notre Seigneur dans l’Eucharistie et votre conscience sera éclairée, Dieu vous donnera l’intelligence du cœur et de l’âme pour comprendre ses mystères et vous faire découvrir le sens de ses paroles. Mettez en vous cette violence dont parle Notre Seigneur ; N’oublions pas que nous me trouverons le salut qu’a travers le Sauveur ; approchons nous des sacrements, car : « en nul autre que Jésus, il n’y a de salut » (Act IV, 21) Je laisse là mes considérations, mes très chers frères, je vous les donne pour qu’elles soient objet de vos prières et sujet de vos méditations durant ce Carême et ce temps de Passion. Dés l’origine le carême a été consacré à la préparation et à l’instruction des catéchumènes. Entrons donc dans l’Esprit de L’Eglise et demandons-lui d’être enseignés de la saine et sainte doctrine définie dans le Saint Concile de Trente. Le Saint Esprit nous demande et nous aide si nous le lui demandons : « Résistons à la tentation, fermes dans la foi ( Pier V, 9) et marchons dans une vie nouvelle (Rom VI, 4) » Avec la douce espérance que vous profiterez de cette humble lettre écrite pour vous aider à vivre d’une manière digne de Dieu, afin de lui plaire en toute chose (Col I 10). Et que le Dieu de la Paix, Notre Dieu, vous accorde la grâce d’un vrai et sincère repentir de vos fautes et d’une vraie réparation, afin que vous viviez et régniez demain avec Dieu pour l’éternité des siècles. + Jean Gérard ROUX. O.M.R. Abbé de Marie Reine
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05-03-2010 - Traité de la vraie dévotion à la Sainte Vierge |
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41. Les figures et les paroles de l'Ancien et du Nouveau Testament le prouvent, les sentiments et les exemples des saints le confirment, la raison et l'expérience l'apprennent et le démontrent ; le diable même, et ses suppôts, pressés par la force de la vérité, ont été souvent obligés de l'avouer malgré eux. De tous ces passages des saints Pères et des Docteurs, dont j'ai fait un ample recueil pour prouver cette vérité, je n'en rapporte qu'un afin de n'être pas trop long : Tibi devotum esse, est arma quædam salutis quæ Deus his dat quos vult salvos fieri (S. Joan. Damas) : Vous être dévot, ô Sainte Vierge, dit saint Jean Damascène, est une arme de salut que Dieu donne à ceux qu'il veut sauver. 42. Je pourrais ici rapporter plusieurs histoires qui prouvent la même chose, entre autres : 1 celle qui est rapportée dans les chroniques de saint François, lorsqu'il vit dans une extase une grande échelle qui allait au ciel, au bout de laquelle était la Sainte Vierge et par laquelle il lui fut montré qu'il fallait monter pour arriver au ciel ; 2 celle qui est rapportée dans les chroniques de saint Dominique, lorsque quinze mille démons possédant l'âme d'un malheureux hérétique près de Carcassonne, où saint Dominique prêchait le Rosaire, furent obligés, à leur confusion, par le mandement que leur en fit la Sainte Vierge, d'avouer plusieurs grandes et consolantes vérités touchant la dévotion à la Sainte Vierge, avec tant de force et de clarté, qu'on ne peut pas lire cette histoire authentique et le panégyrique que le diable fit malgré lui de la dévotion à la Très Sainte Vierge, sans verser des larmes de joie, pour peu qu'on soit dévot à la Très Sainte Vierge. 43. Si la dévotion à la Très Sainte Vierge est nécessaire à tous les hommes pour faire simplement leur salut, elle l'est encore beaucoup plus à ceux qui sont appelés à une perfection particulière ; et je ne crois pas qu'une personne puisse acquérir une union intime avec Notre-Seigneur et une parfaite fidélité au Saint-Esprit, sans une très grande union avec la Très Sainte Vierge et une grande dépendance de son secours.
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05-03-2010 - Saint Bernard |
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Saint Bernard (1091-1153), moine cistercien et docteur de l'Église 30ème Sermon sur le Cantique
Le mystère de la vigne de Dieu
Frères, si nous voyons dans la vigne du Seigneur l'Église,... ce n'est pas une mince prérogative de l'Église que d'avoir étendu ses limites sur toute la terre...
J'entends par là cette foule des premiers croyants dont il est dit « qu'ils n'étaient tous ensemble qu'un coeur et qu'une âme » (Ac 4,32). Car la persécution ne l'a pas si brutalement déracinée quelle n'ait pu être replantée ailleurs et louée à d'autres vignerons, qui, la saison venue, lui ont fait porter des fruits. Elle n'a pas péri; elle a changé de sol; mieux, elle y a gagné en force ainsi qu'en étendue, comme la vigne bénie du Seigneur. Frères, levez donc les yeux, et vous verrez « que son ombre a couvert les collines, que ses pampres sont des cèdres de Dieu, qu'elle a étendu ses sarments jusqu'à la mer et ses rejetons jusqu'au fleuve » (Ps 80, 11-12).
Ce n'est pas surprenant : elle est l'édifice de Dieu, le champ de Dieu (1 Co 3,9). C'est lui qui la féconde, qui la propage, la taille et l'émonde, afin qu'elle produise davantage. Il ne va pas laisser sans soins une vigne que sa main droite a plantée (Ps 80,15), il ne va pas abandonner une vigne dont les pampres sont les apôtres, dont le cep est Jésus Christ, et dont lui, le Père, est le vigneron (Jn 15,1). Plantée dans la foi, elle plonge ses racines dans la charité; labourée par l'obéissance, fumée des larmes du repentir, arrosée par la parole des prédicateurs, elle regorge d'un vin qui inspire la joie, vin de toute douceur, qui réjouit vraiment le coeur de l'homme. Quant à vous, fils de Sion, consolez-vous en contemplant ce grand mystère ! Ne pleurez pas ! Ouvrez vos coeurs à tous les hommes de la terre !
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05-03-2010 - Première prédication de Carême |
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P. Raniero Cantalamessa, ofm cap.
Ministres d'une nouvelle alliance Le Seigneur m'accorde d'être témoin de la grâce extraordinaire que l'Eglise est en train de vivre en cette année sacerdotale. On ne compte plus les retraites suivies par le clergé dans plusieurs parties du monde, toutes animées par un esprit nouveau et par une redécouverte de sa propre vocation. L'une de ces retraites, organisée à Manille par la conférence épiscopale des Philippines, en janvier dernier, a rassemblé 5.500 prêtres et 90 évêques. Une nouvelle Pentecôte, au dire du cardinal de Manille. Durant une heure d'adoration guidée, à l'invitation du prédicateur, toute cette immense étendue de prêtres vêtus de blanc ont crié d'une seule voix : « Lord Jesus, we are happy to be your priests » : Seigneur Jésus, nous sommes heureux d'être tes prêtres ! ». Et on voyait à leurs visages que ce n'était pas seulement des mots. La même expérience, avec un nombre plus réduit, je l'ai vécue avec tout le clergé de la région du Sabah, en Malaisie, puis à Singapour et, enfin, au sanctuaire de Lorette avec quelque 200 évêques et prêtres italiens. Tous m'ont prié de transmettre au Saint-Père leur gratitude et leur salutation, ce que je fais avec joie en ce moment. 1. Les « mystères » de Dieu La parole de Dieu qui nous servira de fil conducteur dans cette méditation est 1 Corinthiens 4, 1 : « Si nos existimet homo, ut ministros Christi et dispensatores mysteriorum Dei » ; qu'on nous regarde donc comme des serviteurs du Christ et des intendants des mystères de Dieu ». Nous avons médité pendant l'Avent la première partie de cette définition : le prêtre comme serviteur du Christ, dans la puissance et dans l'onction de l'Esprit Saint. Il nous reste, au cours de ce Carême, à réfléchir sur la deuxième partie : le prêtre comme « dispensateur des mystères de Dieu ». Naturellement, ce que nous disons du prêtre vaut, à plus forte raison, pour l'évêque, qui possède la plénitude du sacerdoce. Le terme « mystères » revêt deux significations fondamentales : la première est celle de vérités cachées et révélées par Dieu, les desseins divins annoncés de façon voilée dans l'Ancien Testament et révélés aux hommes dans la plénitude des temps ; la seconde est celle de « signes concrets de la grâce », concrètement les sacrements. L'Epître aux Hébreux réunit les deux sens dans l'expression : « les choses qui regardent Dieu » (ta pros ton Theon, ea que sunt ad Deum) ; elle met l'accent davantage sur le sens rituel et sacramentel, définissant la fonction du prêtre (mais l'auteur parle ici du sacerdoce en général, de l'Ancien et du Nouveau Testament) qui est d' « offrir dons et sacrifices pour les péchés » (He 5,1). Ce second sens s'affirme surtout dans la tradition de l'Eglise. Saint Ambroise a écrit deux traités sur les rites de l'initiation chrétienne, vus comme accomplissement de figures et prophéties de l'Ancien Testament ; l'un, qu'il intitule « De sacramentis » et l'autre « De mysteriis », même s'il s'agit en fait du même thème. Pour revenir à la parole de l'Apôtre, le premier de ces deux sens met en lumière le rôle du prêtre en égard à la parole de Dieu, le second son rôle de ministre des sacrements. Ensemble, ils dessinent la physionomie du prêtre comme témoin de la vérité de Dieu et comme ministre de la grâce du Christ, comme annonciateur et comme sacrificateur. Pendant des siècles, le rôle du prêtre a été réduit presque exclusivement à celui d'officiant (liturge) et de sacrificateur : « offrir des sacrifices et pardonner les péchés ». C'est le Concile Vatican II qui a remis en lumière, à côté de la fonction cultuelle, celle d'évangélisateur. En conformité avec ce que Lumen gentium avait dit du rôle des évêques d'« enseigner » et de « sanctifier », Presbyterorum ordinis énonce : « Participant, pour leur part, à la fonction des apôtres, les prêtres reçoivent de Dieu la grâce qui les fait des officiants du Christ Jésus auprès des païens, assurant le service sacré de l'Evangile, afin que les païens deviennent une offrande agréable, sanctifiée dans l'Esprit (Rm 15,16). En effet, l'annonce apostolique de l'Evangile convoque et rassemble le peuple de Dieu [...] Leur ministère, commençant par l'annonce de l'Évangile, tire sa force et sa puissance du sacrifice du Christ »1. Sur les trois méditations de Carême (Vendredi 19 Mars, fête de saint Joseph, il n'y a pas de prédication), l'une sera consacrée au thème du prêtre comme ministre de la parole de Dieu, une autre au prêtre comme ministre des sacrements, et la troisième, plus existentielle, au renouvellement du sacerdoce par la conversion au Seigneur. 2. La lettre et l'Esprit A partir du IIe siècle, on observe une tendance à modeler - dans les qualités requises, dans les rites, dans les titres, dans les vêtements - le sacerdoce chrétien sur le sacerdoce lévitique de l'Ancien Testament2 ; une tendance qui se reflète dans des documents canoniques comme les Constitutions apostoliques, la Didascalie syriaque et autres sources analogues. Cette assimilation extérieure nous fait ressentir plus forte l'urgence de redécouvrir, dans une occasion comme celle-ci, la nouveauté et l'altérité substantielle de la nouvelle alliance par rapport à l'ancienne. C'est l'affirmation énergique de Paul que je voudrais mettre au centre de notre méditation : « Notre capacité vient de Dieu, qui nous a rendus capables d'être ministres d'une nouvelle alliance, non de la lettre, mais de l'Esprit ; car la lettre tue, l'Esprit vivifie. Or si le ministère de la mort, gravé en lettres sur des pierres, a été entouré d'une telle gloire que les fils d'Israël ne pouvaient fixer les yeux sur le visage de Moïse à cause de la gloire de son visage, pourtant passagère, comment le ministère de l'Esprit n'en aurait-il pas davantage ? » (2 , Co 3, 5-8). Ce que l'Apôtre entend par l'opposition lettre - Esprit, ressort clairement du passage un peu plus haut toujours dans Corinthiens 2, dans lequel il nomme la communauté de la nouvelle alliance : « manifestement une lettre du Christ remise à nos soins, écrite non avec de l'encre, mais avec l'Esprit du Dieu vivant ; non sur des tables de pierre, mais sur des tables de chair, sur les coeurs » (2 Co 3, 3). La lettre est donc la loi mosaïque écrite sur des tables de pierre et, par extension, toute loi positive extérieure à l'homme ; l'Esprit est la loi intérieure, écrite sur les coeurs, celle que l'Apôtre définit, d'ailleurs, « la loi de l'Esprit qui donne la vie dans le Christ Jésus et qui affranchit de la loi du péché et de la mort » (cf. Rm 8, 2). Saint Augustin a écrit un traité sur le thème de notre méditation - De Spiritu et littera - qui constitue une étape capitale dans l'histoire de la pensée chrétienne. La nouveauté de la nouvelle alliance par rapport à l'ancienne, explique-t-il, est que Dieu ne se borne plus à commander à l'homme de faire ou ne pas faire, mais Il fait lui-même avec lui et en lui les choses qu'il commande. « la loi des oeuvres commande en menaçant, et la loi de la foi obtient pour celui qui croit... en vertu de la loi des œuvres, Dieu nous dit : Fais ce que je te commande ; et par la loi de la foi, nous disons à Dieu : donnes-nous de faire ce que tu commandes »3 Bien plus qu'une « indication » de volonté, la loi nouvelle qui est l'Esprit ; est une « action », un principe vivant et actif. La loi nouvelle est la vie nouvelle. L'opposition lettre-Esprit équivaut dans saint Paul, à l'opposition loi-grâce : « Vous n'êtes plus sous la Loi, mais sous la grâce » (Rm 6, 14). Dans l'ancienne alliance, l'idée de grâce est également présente, dans le sens de bienveillance, faveur et pardon de Dieu (la hesed) : « Je fais grâce à qui je fais grâce » (Ex 33, 19) ; les psaumes sont remplis de ce concept. Mais à présent le mot grâce, charis, a revêtu un sens nouveau, historique : c'est la grâce qui vient de la mort et la résurrection du Christ, et qui justifie le pécheur. Il ne s'agit pas seulement d'une disposition bienveillante, mais d'une réalité, d'un « état » : « Ayant donc reçu notre justification de la foi, nous sommes en paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus Christ, lui qui nous a donné d'avoir accès par la foi à cette grâce en laquelle nous sommes établis » (Rm 5, 1-2). Jean décrit le rapport entre ancienne et nouvelle alliance de la même façon que Paul : « La loi fut donnée par Moïse ; la grâce et la vérité sont venues par Jésus Christ » (Jn 1, 17). On peut donc en déduire que la loi nouvelle, ou de l'Esprit, n'est pas, au sens strict, celle promulguée par Jésus sur le Mont des Béatitudes, mais celle gravée dans les cœurs au jour de la Pentecôte. Certes, les préceptes évangéliques sont plus élevés et parfaits que les préceptes de Moïse ; toutefois, à eux seuls, ils seraient restés tout aussi inefficaces. S'il avait suffi de proclamer la nouvelle volonté de Dieu à travers l'Evangile, on ne saurait expliquer la nécessité pour Jésus de mourir ni celle de la venue de l'Esprit Saint ; on ne s'explique pas pourquoi le Jésus de Jean fait tout dépendre de son « élévation », autrement dit de sa mort sur la croix (cf. Jn 7, 39 ; 16, 7-15). Les apôtres eux-mêmes sont la preuve vivante que cela ne suffisait pas. Eux qui pourtant avaient écouté de la bouche même du Christ tous les préceptes évangéliques - par exemple, que « si quelqu'un veut être le premier, qu'il soit le dernier de tous et le serviteur de tous », nous les voyons préoccupés jusqu'à la fin de savoir qui d'entre eux était le plus grand. C'est seulement après la venue de l'Esprit Saint que nous les voyons oublieux d'eux-mêmes et uniquement occupés à proclamer « les merveilles de Dieu » (cf. Ac 2, 11). Sans la grâce intérieure de l'Esprit, même l'Evangile donc, même le commandement nouveau, serait resté une loi ancienne, une lettre. Reprenant une pensée audacieuse de saint Augustin, saint Thomas d'Aquin écrit : « La lettre désigne tout texte écrit qui demeure extérieur à l'homme, fût-ce le texte des préceptes moraux contenus dans l'Evangile ; c'est pourquoi même la lettre de l'Evangile tuerait si, à l'intérieur de l'homme, ne s'y adjoignait la grâce guérissante de la foi »4. Plus explicite encore, ce qu'il a écrit un peu avant : « La loi nouvelle est d'abord la grâce même de l'Esprit Saint, qui est donnée aux croyants »5. 3. Non par contrainte, mais par attrait Mais comment cette loi nouvelle, qui est l'Esprit lui-même, agit-elle concrètement ? Elle agit à travers l'amour ! La loi nouvelle n'est rien d'autre que ce que Jésus appelle le « commandement nouveau ». L'Esprit Saint a inscrit la loi nouvelle dans nos coeurs, en y infusant l'amour (Rm 5, 5). Cet amour est l'amour avec lequel Dieu nous aime et avec lequel, en même temps, il fait que nous l'aimions lui et le prochain. C'est une capacité nouvelle d'aimer. N'est-ce pas contradictoire de parler de l'amour comme d'une « loi » ? La réponse est qu'il y a deux façons dont l'homme est conduit à faire, ou ne pas faire, une certaine chose : soit par contrainte, soit par attrait. La loi extérieure l'y conduit selon la première manière, par contrainte, avec la menace du châtiment ; l'amour l'y conduit selon la seconde manière, par attraction. En effet, chacun est attiré par ce qu'il aime, sans subir aucune contrainte de l'extérieur. L'amour est comme un « poids » de l'âme qui attire vers l'objet de son propre plaisir, dans lequel elle sait qu'elle va trouver son repos6. La vie chrétienne doit être vécue par attrait, non par contrainte. L'amour est donc une loi, « la loi de l'esprit », en ce sens qu'il crée chez le chrétien un dynamisme qui le porte à faire tout ce que Dieu veut, spontanément, sans même y penser, parce qu'il a fait sienne la volonté de Dieu et aime tout ce que Dieu aime. Quelle place, nous demandons-nous, a l'observance des commandements dans cette économie nouvelle de l'Esprit ? Même après la venue du Christ, subsiste la loi écrite : il y a les commandements de Dieu, le décalogue, il y a les préceptes évangéliques, auxquels se sont ajoutés, par la suite, les lois ecclésiastiques. Quel sens ont le Code de droit canonique, les règles monastiques, les voeux religieux, tout ce qui, en somme, indique une volonté objective qui s'impose à moi de l'extérieur ? Ces choses sont-elles comme des corps étrangers dans l'organisme chrétien ? Il y a eu, au cours de l'histoire de l'Eglise, des mouvements qui ont pensé cela et ont refusé toute loi, au nom de la liberté de l'Esprit, à tel point qu'ils ont justement pris le nom de mouvements « anomistes », mais ils ont toujours été désavoués par l'autorité de l'Eglise et de cette conscience chrétienne. La réponse chrétienne à ce problème nous vient de l'Evangile. Jésus affirme ne pas être venu pour « abolir la loi », mais pour l'« accomplir » (cf. Mt 5, 17).). Mais quel est l'« accomplissement » de la loi ? « La charité - répond l'Apôtre - est la Loi dans sa plénitude ! » (cf. Rm 13, 10). Toute la loi et les prophètes dépendent du commandement de l'amour, dit Jésus (cf. Mt 22, 40)). L'obéissance devient donc la preuve qu'on vit selon la grâce « Si quelqu'un m'aime, il gardera ma parole » (Jn 14,15 ). Alors l'amour ne remplace pas la loi, mais l' « observe, l'accomplit ». Dans la prophétie d'Ezéchiel, on attribuait la possibilité d'observer la loi de Dieu au don futur de l'Esprit et du cœur nouveau : « Je mettrai mon esprit en vous et je ferai que vous marchiez selon mes lois et que vous observiez et pratiquiez mes coutumes » (Ez 36, 27). « « La loi nous a été donnée », écrit de façon lapidaire Augustin, afin que nous cherchions la grâce ; et la grâce nous a été donnée afin d'assurer l'accomplissement de la loi »7. 4. Actualité du message de la grâce Jusqu'ici nous avons vu les conséquences que le message paulinien concernant la nouvelle alliance peut avoir sur la façon de concevoir et de vivre la vie chrétienne. Mais, à cette occasion, j'aimerais surtout mettre en évidence la lumière que ce message jette sur le problème de l'évangélisation dans le monde actuel et du dialogue interreligieux et, par voie de conséquence, sur le rôle du prêtre comme ministre de la vérité de Dieu. Augustin écrivit son Traité sur La lettre et l'Esprit pour combattre la thèse pélagienne, selon laquelle il suffit pour être sauvé que Dieu nous ait créés, dotés de libre arbitre et qu'il nous ait donné une loi nous indiquant sa volonté. Concrètement, selon cette thèse, l'homme peut se sauver tout seul et la venue du Christ constitue, certes une aide extraordinaire, mais qui n'est pas indispensable au salut. On peut débattre - et aujourd'hui les spécialistes en débattent - pour savoir si le saint a interprété correctement la pensée du moine Pélage. Mais il n'y a pas là de quoi nous surprendre. Les Pères qui ont dû combattre des hérésies ont souvent explicité celles qui (de leur point de vue !) étaient les implications logiques d'une certaine doctrine, sans trop tenir compte du point de vue et du langage différents de l'adversaire. Ils étaient davantage soucieux de la doctrine que des personnes, de la vérité dogmatique plutôt qu'historique. En revanche, Augustin se montre beaucoup plus respectueux et courtois à l'égard de Pélage que ne le fut, par exemple, Cyrille d'Alexandrie vis-à-vis de Nestorius. La révision moderne d'auteurs comme Pélage ou Nestorius ne signifie donc pas le moins du monde une révision du pélagisme ou du nestorianisme. Cette distinction a contribué, ces derniers temps, au rétablissement de la communion avec les églises dites nestoriennes o syriaques orthodoxes (monophysites) d'Orient. Mais tout ceci ne nous intéresse que relativement. La chose importante à retenir est que Augustin a raison sur le problème principal : pour se sauver, la nature, le libre arbitre et le guide qu'est la loi ne suffisent pas, il faut la grâce, autrement dit il faut le Christ. Penser autrement signifierait penser que sa venue est superflue et, avec elle, sa mort et la rédemption ; cela signifierait considérer le Christ comme un modèle de vie, non comme « principe de salut pour tous ceux qui lui obéissent » (He 5, 9). C'est sur ce point que la pensée d'Augustin - et avant lui, celle de Paul - se révèle d'une extraordinaire actualité. Ce qui, selon l'Apôtre, distingue la nouvelle alliance de l'ancienne, l'Esprit de la lettre, la grâce de la loi, une fois opérées les distinctions voulues, est exactement ce qui distingue aujourd'hui le christianisme de toutes les autres religions. Les formes ont changé, mais la substance reste la même. « Oeuvre de la loi », ou oeuvre de l'homme, correspond à toute oeuvre humaine, dès lors qu'on fait dépendre de celle-ci son propre salut, que celui-ci soit conçu comme communion avec Dieu, ou comme communion avec soi-même et syntonie avec les énergies de l'univers. Le principe est le même : Dieu ne se donne pas, il se conquiert ! Nous pouvons illustrer la différence ainsi. Toute religion humaine ou philosophie religieuse commence par dire à l'homme ce qu'il doit faire pour être sauvé : les devoirs, les oeuvres, œuvres d'ascétisme extérieures ou chemins spéculatifs vers son propre moi intérieur, le Tout ou le Rien. Le christianisme ne commence pas par dire à l'homme ce qu'il doit faire, mais ce que Dieu a fait pour lui. Jésus n'a pas commencé à prêcher en disant : « Convertissez-vous et croyez à l'évangile jusqu'à ce que le Royaume vienne » ; il a commencé par dire : « Le royaume de Dieu est venu parmi vous : convertissez-vous et croyez à l'évangile ». Pas d'abord la conversion, ensuite le salut ; mais d'abord le salut et ensuite la conversion. De même dans le christianisme - nous l'avons rappelé - il y a les devoirs et les commandements, mais les commandements, y compris le plus grand de tous qui est d'aimer Dieu et le prochain n'est pas au premier plan ; avant celui-ci il y a le don, la grâce. « Quant à nous aimons puisque lui nous a aimés le premier » (1 Jn 4, 19). C'est du don que naît le devoir, et non l'inverse. Nous chrétiens, nous n'entrerons pas en dialogue avec d'autres fois, en affirmant la différence ou la supériorité de notre religion ; ce serait la négation même du dialogue. Nous insisterons plutôt sur ce qui nous unit, les objectifs communs, en reconnaissant aux autres le même droit (au moins subjectif) à considérer leur foi comme la plus parfaite, définitive. Sans oublier, d'ailleurs, que celui qui vit avec cohérence et en toute bonne foi une religion des oeuvres et de la loi est meilleur et plus agréable à Dieu que celui qui appartient à la religion de la grâce, mais néglige complètement de croire en la grâce et d'accomplir les œuvres de la foi. Cependant, tout ceci ne doit pas nous conduire à mettre entre parenthèses notre foi dans la nouveauté et l'unicité du Christ. Il ne s'agit pas non plus d'affirmer la supériorité d'une religion sur les autres, mais de reconnaître la spécificité de chacune, de savoir qui nous sommes et ce que nous croyons. Il n'est pas difficile d'expliquer pourquoi il n'est pas facile d'admettre l'idée de grâce et son refus instinctif par l'homme moderne. Se sauver « par grâce » signifie reconnaître la dépendance de quelqu'un, et c'est la chose la plus difficile. En témoigne cette affirmation bien connue de Marx : « Un être ne commence à se tenir pour indépendant que dès qu'il est son propre maître, et il n'est son propre maître que lorsqu'il doit son existence à soi-même. Un homme qui vit de la grâce d'un autre se considère comme un être dépendant. [...].Mais je vis entièrement de la grâce d'un autre...s'il a créé ma vie, s'il en est la source...si elle n'est pas ma propre création »8.Ce pourquoi on refuse un Dieu créateur est aussi ce pour quoi on refuse un Dieu sauveur. C'est l'explication que saint Bernard donne du péché de Satan : il préfère être la plus malheureuse des créatures par son propre mérite, que le plus heureux par « grâce » d'autrui ; il préfère être malheureux mais souverain, qu'heureux mais dépendant : misere praeesse, quam feliciter subesse9. Le refus du christianisme, qui se développe à certains niveaux de notre culture occidentale, quand il n'est pas refus de l'Eglise et des chrétiens, est refus de la grâce. 5. « Nous prêchons le Christ Jésus, Seigneur » Quel est, dans ce domaine, la tâche des prêtres en tant que dispensateurs des mystères de Dieu et maîtres de la foi ? Celle d'aider leurs frères à vivre la nouveauté de la grâce, ce qui équivaut à dire la nouveauté du Christ. Dans l'Evangile, Jésus utilise l'expression « les mystères du Royaume des cieux » pour indiquer tout son enseignement et, en particulier, ce qui concerne sa personne (cf. Mt 13, 11). Après la Pâque on passe de plus en plus souvent du pluriel au singulier, des mystères au mystère : tous les mystères de Dieu se résument désormais dans le mystère qui est le Christ. Saint Paul parle du « mystère de Dieu, c'est-à-dire le Christ, dans lequel se trouvent, cachés, tous les trésors de la sagesse et de la connaissance » (cf. Col 2, 2-3). Il nous invite à penser au Christ comme à un palais, dans lequel on passe de merveille en merveille, en y entrant. L'univers matériel, avec toutes ses beautés et son étendue incalculable, est l'unique image adéquate de l'univers spirituel qui est le Christ. Ce n'est pas pour rien que cela a été fait « par lui et pour lui » (Col 1, 16). L'Apôtre a défini avec plus de clarté que tous les autres le centre et le coeur de l'annonce chrétienne et l'a exprimé sous forme de programme, comme un manifeste : « Nous proclamons, nous, un Christ crucifié » (1 Co 1, 23) et « Ce n'est pas nous, que nous prêchons, mais le Christ Jésus, Seigneur » (2 Co 4, 5). Ces paroles justifient pleinement l'affirmation selon laquelle le christianisme n'est pas une doctrine mais une personne. Mais que signifie, dans la pratique, prêcher « le Christ crucifié », ou « le Christ Jésus, Seigneur » ? Cela ne signifie pas parler toujours et seulement du Christ du kérygme ou du Christ du dogme, c'est-à-dire transformer les prédications en leçons de christologie. Cela signifie plutôt « ramener toutes choses sous un seul Chef, le Christ » (Ep 1, 10), fonder tout devoir sur lui, faire que toute chose serve à conduire les hommes à la « supériorité de la connaissance du Christ Jésus » (Ph 3, 8). Jésus doit être l'objet formel, pas nécessairement et toujours l'objet matériel, de la prédication, celui qui lui donne forme, qui sert de fondement et donne autorité à toute autre annonce, l'âme et la lumière de l'annonce chrétienne. « Toute nourriture de l'âme est aride - s'exclame saint Bernard - si elle n'est pas assaisonnée avec cette huile ; insipide si elle n'est pas assaisonnée avec ce sel. Ce que tu écris n'a aucune saveur - non sapit mihi - si le coeur de Jésus n'y palpite pas - nisi sonuerit ibi Cor Jesu »10. Dans la liturgie des heures en langue allemande, le Stundengebet, il y a un hymne (Laudes du mardi de la deuxième semaine) que j'ai aimé dès la première fois que je l'ai récité. Il commence ainsi : « Göttliches Wort, der Gottheit Schrein, für uns in dein Geheimnis ein. (Verbe éternel, Dieu vivant et vrai, fais-nous entrer dans ton mystère ». L'expression « le mystère du Christ » est la plus complète de toutes : elle renferme son être et son agir, son humanité et sa divinité, sa pré-existence et son incarnation, les prophéties de l'Ancien Testament et leur accomplissement dans la plénitude des temps. Nous pouvons répéter comme une prière : « Verbe éternel, Dieu vivant et vrai, fais-nous entrer dans ton mystère ».
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04-03-2010 - meditation |
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ommentaire du jour Liturgie latine des heures, Hymne de la fête de la dédicace d'une église Urbs Jerusalem beata « Voici que nous montons à Jérusalem » O Jérusalem, cité de Dieu, nous t'acclamons « Vision de paix ». Dans les cieux tu fus construite de vivantes pierres (1P 2,5); Couronnée d'anges et de saints, tu es la Bien-Aimée du Roi (cf Ps 45).
Descendue toute neuve du Ciel, tu es parée pour ton Epoux (Ap 21,2). Avance comme l'Epousée ; viens étreindre ton Seigneur. Et l'on verra sur tes remparts étinceler l'or de ta joie (Ap 21,18).
Que s'ouvrent tes portes à deux vantaux ; que resplendisse ta beauté. Que par la grâce soit sauvé tout homme qui y pénètre. Que soit accueilli celui qui souffre au nom du Christ et perd courage.
C'est le Christ le maître et l'artisan ; c'est lui qui taille et qui polit. Il ajuste chaque pierre, la choisit en chaque lieu, Il la place pour demeurer ce Temple saint où il habite (1Co 3,16).
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04-03-2010 - Traité de la vraie dévotion à la Sainte Vierge |
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| 2. LA DEVOTION A LA TRES SAINTE VIERGE EST NECESSAIRE. 37. On doit conclure évidemment de ce que je viens de dire : Premièrement, que Marie a reçu de Dieu une grande domination dans les âmes des élus : car elle ne peut pas faire en eux sa résidence, comme Dieu le Père lui a ordonné ; les former, les nourrir et les enfanter à la vie éternelle comme leur mère, les avoir pour son héritage et sa portion, les former en Jésus-Christ et Jésus-Christ en eux ; jeter dans leur cœur les racines de ses vertus, et être la compagne indissoluble du Saint-Esprit pour tous ces ouvrages de grâces ; elle ne peut pas, dis-je, faire toutes ces choses, qu'elle n'ait droit et domination dans leurs âmes par une grâce singulière du Très-Haut, qui, lui ayant donné puissance sur son Fils unique et naturel, la lui a aussi donnée sur ses enfants adoptifs, non seulement quant au corps, ce qui serait peu de chose, mais aussi quant à l'âme. 38. Marie est la Reine du ciel et de la terre par grâce, comme Jésus en est le Roi par nature et par conquête. Or, comme le royaume de Jésus-Christ consiste principalement dans le cœur ou l'intérieur de l'homme, selon cette parole : « Le royaume de Dieu est au-dedans de vous », de même le royaume de la Très Sainte Vierge est principalement dans l'intérieur de l'homme, c'est-à-dire dans son âme, et c'est principalement dans les âmes qu'elle est plus glorifiée avec son Fils que dans toutes les créatures visibles, et nous pouvons l'appeler avec les saints la Reine des Cœurs. 39. Secondement, il faut conclure que la Très Sainte Vierge étant nécessaire à Dieu, d'une nécessité qu'on appelle hypothétique, en conséquence de sa volonté, elle est bien plus nécessaire aux hommes pour arriver à leur dernière fin. Il ne faut donc pas mêler la dévotion à la Très Sainte Vierge avec les dévotions aux autres saints, comme si elle n'était pas plus nécessaire, et que de surérogation. 40. Le docte et le pieux Suarez, de la Compagnie de Jésus, le savant et le dévot Juste-Lipse, docteur de Louvain, et plusieurs autres, ont prouvé invinciblement, en conséquence des sentiments des Pères, entre autres de saint Augustin, de saint Ephrem, diacre d'Edesse, de saint Cyrille de Jérusalem, de saint Germain de Constantinople, de saint Jean de Damas, de saint Anselme, saint Bernard, saint Bernardin, saint Thomas et saint Bonaventure, que la dévotion à la Très Sainte Vierge est nécessaire au salut, et que c'est une marque infaillible de réprobation, au sentiment même d'Œcolampade et de quelques autres, de n'avoir pas de l'estime et de l'amour pour la Sainte Vierge, et qu'au contraire, c'est une marque infaillible de prédestination de lui être entièrement et véritablement dévoué ou dévot.
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04-03-2010 - meditation |
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Saint Basile (v.330-379), moine et évêque de Césarée en Cappadoce, docteur de l'Église Homélie 6 contre la richesse ; PG 31, 275-278
« Heureux est l'homme qui prend pitié et prête, ...qui donne aux pauvres ; sa justice demeure à jamais » (Ps 111)
Que répondras-tu au souverain juge, toi qui habilles tes murs et n'habilles pas ton semblable ? toi qui pares tes chevaux et n'as pas même un regard pour ton frère dans la détresse ?... toi qui enfouis ton or et ne viens pas en aide à l'opprimé ?...
Dis-moi, qu'est-ce qui t'appartient ? De qui as-tu reçu tout ce que tu portes à travers cette vie ?... N'es-tu pas sorti nu du sein de ta mère ? Et ne retourneras-tu pas à la terre également nu ? (Jb 1,21) Les biens présents, de qui les tiens-tu ? Si tu réponds : du hasard, tu es un impie qui refuse de connaître son créateur et de remercier son bienfaiteur. Si tu conviens que c'est de Dieu, dis-moi donc pour quelle raison tu les as reçus.
Est-ce que Dieu serait injuste en répartissant inégalement les biens nécessaires à la vie ? Pourquoi es-tu dans l'abondance et celui-là dans la misère ? N'est-ce pas uniquement pour qu'un jour, par ta bonté et ta gestion désintéressée, tu reçoives la récompense, alors que le pauvre obtiendra la couronne promise à la patience ?... A l'affamé appartient le pain que tu gardes ; à l'homme nu le manteau que tu recèles dans tes coffres... Ainsi tu commets autant d'injustices qu'il y a de gens que tu pouvais aider.
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03-03-2010 - Traité de la vraie dévotion à la Sainte Vierge |
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35. Quand Marie a jeté ses racines dans une âme, elle y produit des merveilles de grâces qu'elle seule peut produire parce qu'elle est seule la Vierge féconde qui n'a jamais eu ni n'aura jamais sa semblable en pureté et en fécondité. Marie a produit, avec le Saint-Esprit, la plus grande chose qui ait été et sera jamais, qui est un Dieu-Homme, et elle produira conséquemment les plus grandes choses qui seront dans les derniers temps. La formation et l'éducation des grands saints qui seront sur la fin du monde lui est réservée ; car il n'y a que cette Vierge singulière et miraculeuse qui peut produire, en union du Saint-Esprit, les choses singulières et extraordinaires. 36. Quand le Saint-Esprit, son Epoux, l'a trouvée dans une âme, il y vole, il y entre pleinement, il se communique à cette âme abondamment et autant qu'elle donne place à son Epouse ; et une des grandes raisons pourquoi le Saint-Esprit ne fait pas maintenant des merveilles éclatantes dans les âmes, c'est qu'il n'y trouve pas une assez grande union avec sa fidèle et indissoluble Epouse. Je dis : indissoluble Epouse, car depuis que cet Amour substantiel du Père et du Fils a épousé Marie pour produire Jésus-Christ, le chef des élus et Jésus-Christ dans les élus, il ne l'a jamais répudiée, parce qu'elle a toujours été fidèle et féconde.
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